Le plus discret des grands couturiers n’est plus

Triste nouvelle en ce samedi 18 novembre 2017, car le grand couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa est décédé accidentellement à Paris, dans la nuit de vendredi à l’âge de 77 ans.

Créateur chouchou de plusieurs d’entre nous qui avons étudié, au tournant des années 80, le design de mode, il capte l’imaginaire collectif par ses créations des plus sensuelles, sculpturales et intemporelles.

Après une formation en sculpture à l’Institut supérieur des Beaux-Arts de Tunis, il migre à Paris vers la fin des années 50 où, déjà familier avec la couture, il y apprend les rudiments de la confection et se bâtit une intéressante clientèle privée.

Afin d’apprendre le métier de tailleur de façon professionnelle, il travaille durant 2 ans chez Guy Laroche qui possède son propre atelier de couture. Il crée par la suite sa première collection pour Charles Jourdan. Collection où d’insolites matériaux tels que des œillets, des fermetures à glissières et des pièces métalliques sont utilisés pour embellir ses modèles. Créations qui font alors sourciller bien des acheteurs sceptiques. Quelques journalistes perspicaces s’intéressent par contre à ces innovations, le Style Alaïa est né ! 

Propice à un vent de changement, la fin des années 70 lui donne l’occasion de lancer sa propre marque. Ami proche de Naomi Campbell, top model vedette des années 90, et de Farida Khelfa, qui fut son égérie, Azzedine Alaïa est rapidement adulé par les plus grands magazines de mode. Inspiré par les courbes naturelles du corps des femmes, il les sublime en sculptant leurs formes de ses magnifiques robes ultra-moulantes au style fabuleux.

En 1989, lors du bicentenaire de la Révolution française, la célèbre cantatrice Jessye Norman interprète La Marseillaise durant un défilé-spectacle sur les Champs-Elysées, à Paris, mis en scène par son ami Jean-Paul Goude. Jessye Norman porte alors une robe drapée aux couleurs du drapeau national créé par Azzedine Alaïa. Ce dernier devient, en 2011, membre correspondant de la chambre syndicale de la haute couture et, en 2013, le Palais Galliera lui consacre une grande exposition rétrospective, rendant ainsi hommage à son talent.

Azzedine Alaïa était un couturier discret qui se tenait loin du regard des caméras. Il était indépendant et fuyait les tendances, les diktats imposés de la mode ainsi que les calendriers saisonniers. Qualifié de légende, ce créateur admiré des fashionistas du monde entier laisse dans le deuil toute une communauté mode surprise par ce départ si inattendu.

  Le couturier Azzedine Alaïa, avec la cantatrice Jessye Norman et le chorégraphe Jean-Paul Goude, avant la cérémonie du 200e anniversaire de la révolution française.  (PIERRE PERRIN / SYGMA / GETTY IMAGES)

Le couturier Azzedine Alaïa, avec la cantatrice Jessye Norman et le chorégraphe Jean-Paul Goude, avant la cérémonie du 200e anniversaire de la révolution française.  (PIERRE PERRIN / SYGMA / GETTY IMAGES)

Diane Lessard

Diane Lessard est native de Québec et est passionnée par l’art et la mode depuis toujours.

Détentrice d’un baccalauréat en Gestion et Design de la Mode et d’un Certificat en Marketing de l’ESG de l’UQAM, elle œuvre au collège LaSalle de Montréal en tant que formatrice en ligne pour le programme de commercialisation de la mode depuis 10 ans. Elle est également l’auteure du cours : Analyse des facteurs influents du marché de la mode enseigné à ce collège.

Elle a, de plus, collaboré au journal Métro en tant que rédactrice des cahiers mode et spéciaux. Diane Lessard a couvert la Semaine de Mode de Montréal en octobre 2006 pour les collections P/E des designers d’ici.

Passionnée par la rédaction, elle tente, par ses propos, de promouvoir la mode québécoise à son meilleur. Active depuis plus de 30 ans dans l’univers de la mode, Diane Lessard tente de contribuer afin d’apporter ce grain de sable modeste qui peut servir à faire évoluer ce domaine rempli de défis.